LES FEMMES ET LA CRISE éCONOMIQUE
L'occasion de faire valoir une autre vision du monde?
(Lobby européen des femmes) Alors que nous sommes encore dans les
affres de la tempête, la situation économique actuelle caractérisée par
la crise du crédit et l'effondrement des marchés financiers affecte
sans aucun doute les femmes et les hommes d'une manière différente.
Bien que les études n'aient pas encore évalué l'impact réel de
l'actuelle crise financière et économique sur les femmes, on peut
d’ores et déjà voir une dimension de genre dans la façon dont la
crise est présentée et discutée.
Les secteurs de l'économie qui
reçoivent de loin la plus grande attention médiatique sont des secteurs
dominés par les hommes: cela concerne principalement la construction et
l'industrie automobile - alors que le commerce de détail et le secteur
des services, principalement occupés par des femmes (ces secteurs étant
également ceux où la représentation des travailleurs migrants est
élevée) font l’objet de beaucoup moins d’attention.
En plus d’être
gravement touchés, ces secteurs représentent en même temps la
ségrégation des sexes sur le marché du travail. Cela doit être reconnu.
Dans les secteurs où les femmes possèdent des contrats de travail
considérés comme atypiques : surreprésentation dans le travail à temps
partiel, travail peu qualifié, bas salaires, temps de travail
flexible, et dans certains secteurs où les femmes font l’objet de
pression pour conserver leur « sous-emploi », les femmes seront de plus
en plus exposer à la pauvreté. De même, l’accès à un travail qui
ouvrirait droit à des prestations de protection sociale leur sera
restreint, puisque le schéma des régimes de sécurité sociale a toujours
reflété une approche masculine du travail et de la protection sociale.
En considérant ce désastre comme le fait des hommes, la crise du crédit
a également mis en avant la place qu’occupent les hommes dans la prise
de décision, excluant plus que jamais les femmes – pourtant la moitié
de l’humanité – et prouvant ainsi que la prise de décision reste
l’apanage des hommes, tout comme les domaines de la finance privée et
des secteurs économiques.
Que doit être fait? Dans les plans européens et internationaux de
relance économique, il est urgent d’intégrer une dimension de genre
dans l’analyse de l'impact de la récession économique et dans la
manière d’y faire face. Ce serait ainsi l’occasion de révéler la
véritable ampleur des inégalités entre les femmes et les hommes, déjà
présentes en temps de « boom » économique. Cela peut aussi être
l’opportunité de « mettre les choses au point » en reconnaissant que le
temps est venu de considérer les aspirations et les besoins des femmes
comme des hommes.
Investir dans les soins/la prise en charge de personnes, les services à
la communauté, l'éducation, la santé, y compris la santé sexuelle
et reproductive, dans l’analyse budgétaire sensible au genre (« gender
budgeting »); ouvrir la voie à davantage de femmes dans la prise de
décision, mettre fin aux écarts de rémunération, corriger les modèles
de protection sociale qui reflètent prioritairement la vie active des
hommes sont quelques-uns des moyens pour assurer que les femmes ne
ramasseront pas les dégâts de cette débâcle. Pour ce faire, nous avons
besoin de leadership politique et en tant qu’organisation de femmes,
nous avons un rôle à jouer pour orienter nos dirigeants
politiques dans ce sens.
Le plan européen de relance économique, adopté en décembre 2008,
souligne l’importance des modèles sociaux qui, en temps de crise, font
preuve de leur utilité, notamment parce qu’ils sont fondés sur des
principes de solidarité. Mais le plan de relance reste neutre du point
de vue du genre. Il faut donc plus de leadership pour assurer que
les mécanismes de l'Europe sociale soient mieux adapter pour investir
dans des initiatives qui favorisent le leadership des femmes en matière
d'innovation et leur rôle en tant que leaders socio-économiques du
changement.
La crise financière doit être saisie comme une occasion pour affirmer
qu'une autre vision du monde est possible, celle qui a une approche
globale dans laquelle les valeurs fondamentales de l'UE, à savoir:
l'égalité entre les femmes et les hommes, les droits de l'homme, le
principe d’anti - discrimination, la démocratie et la primauté du
droit, y compris la bonne gouvernance, puissent devenir une réalité
pour tous. Les femmes et les organisations de femmes ont un rôle vital
à jouer dans ce processus.
Weiterlesen im Cid : z. B. Katharina Mouratidi : ¡ Venceremos ! Die
andere Globalisierung (Edition Braus im Wachter-Verlag 2006, 128 Seiten)