14E CONFéRENCE INTERNATIONALE DES FEMMES INGéNIEURES ET SCIENTIFIQUES (2008)
Mi-juillet a eu lieu la 14e Conférence internationale des femmes
ingénieures et scientifiques à Lille. Voici un communiqué de presse y
relatif (source AFP)
Les femmes ingénieures, des oiseaux rares
90.000 ingénieurs sur 800.000 ingénieurs sont des femmes
Colette
Guillaupé se rappelle que sa mère lui disait que "mathématicienne, ce
n'est pas un métier de fille". Aujourd'hui encore, les préjugés sur les
femmes scientifiques, notamment les ingénieures, ont la vie dure.
"Parents, professeurs, conseillers d'orientation, tout le milieu social
limite le choix des filles", regrette Colette Guillaupé, 57 ans,
mathématicienne à Paris XII, qui participe à la 14e Conférence
internationale des femmes ingénieures et scientifiques (Icwes),
organisée à Lille entre le 15 et le 18 juillet.
La mixité dans l'enseignement supérieur à partir des années 70 n'a pas
été suivie de "mesures d'aménagement", comme l'instauration de la
parité dans les jurys d'écoles d'ingénieurs, affirme la mathématicienne.
En France, sur 800.000 ingénieurs, 90.000 seulement sont des femmes.
"En 2007, on comptait 26% d'étudiantes en écoles d'ingénieurs: c'est le
secteur où les femmes sont les moins représentées dans l'enseignement
supérieur", écrit dans son étude annuelle le Conseil national des
ingénieurs et scientifiques de France (CNISF), qui organise la
conférence internationale à Lille.
Dans les autres filières scientifiques, où leur nombre progresse,
"c'est dommage de voir tant de jeunes filles prendre des orientations
stéréotypées, à la mode et parfois bouchées, comme la médecine ou la
biologie", déplore Marianne Rodot, ingénieure du groupe Mapa-Spontex à
Beauvais (Oise) et membre active de l'association "Femmes ingénieurs".
La France n'est pourtant pas le pays occidental le plus mal loti en
ingénieures. Au Canada, "la proportion des filles dans les écoles
d'ingénieurs est tombé à 10%", s'inquiète Monique Frize, présidente du
Réseau international des femmes ingénieures et scientifiques (Inwes).
"Avec l'éclatement de la bulle internet au début des années 2000, des
enfants ont vu leurs parents perdre leur emploi, puis cumuler plusieurs
boulots. Ces enfants-là se sont dits : ce n'est pas pour moi",
explique-t-elle.
Au Japon, le poids de la tradition dissuade souvent les femmes
d'embrasser une carrière scientifique. "Une maman qui fait de la
science a une mauvaise image", affirme Chika Suzuki, étudiante
japonaise en sciences de l'environnement. "Les métiers de prédilection
des femmes sont artistiques alors que la science est perçue comme
académique", poursuit-elle.
Yvonne Issié Gueye, ingénieure en électricité en Côte-d'Ivoire, a été
la première diplômée du lycée technique d'Abidjan, en 1972. "Quand je
suis entrée au lycée, le censeur n'y croyait pas : il a fallu
l'intervention du proviseur pour lui confirmer que j'étais admise!",
sourit-elle.
Fière de son statut de "pionnière", Mme Gueye estime que les choses
sont en train de changer en Côte-d'Ivoire même si seulement 6% des
ingénieurs du pays sont des femmes, selon elle. "Plus que les
mentalités, le vrai frein, c'est les moyens", assure-t-elle.
Source : AFP, par Etienne BALMER