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IMPRESSUM
 
 

ROMANS FRANçAIS

  • Tous les hommes sont mortels
    Simone de Beauvoir

(js) Dans ce livre de 1946, Simone de Beauvoir se donne à un sujet philosophique: l'immortalité. Dans l'Italie du XVe siècle, le prince Fosca est poussé par la volonté d’améliorer le sort de ses concitoyens: Il décide de boire un élixir qui lui procure l’immortalité...
Après le prologue, la première partie se joue au 20e siècle. Fosca rencontre Régine, une actrice de théâtre égoïste et possessive qui tombe amoureuse de lui. Elle est complètement éblouie par son immortalité et pense que ce don la rendra immortelle à son tour, car après sa mort, elle survivra grâce au souvenir que Fosca gardera d’elle. Fosca veut la quitter, mais elle ne lâche pas et il commence à lui raconter sa longue vie et son calvaire...
Après ce chapitre suivent des retours en arrière où on accompagne Fosca dans ses voyages à travers les siècles. Le règne de Charles Quint, la découverte de l’Amérique, la révolution du XIXe siècle sont autant d’étapes dans la vie éternelle de Fosca. Au fil des siècles, il considère son immortalité de plus en plus comme un malheur qui le met à l'écart de l'humanité et qui ne l’aide guère à contribuer à un monde meilleur.

Le livre n’est pas seulement une réflexion existentialiste : si l’homme était immortel, serait-ce une bénédiction ou un sort maudit? C'est également un livre sur l'histoire de l'humanité, sur les buts et les moyens de la politique.
(folio 1946, 521 pages)

  • Rien de grave
    Justine Lévy

rien degrave(fw) Une centaine de pages sur les états d’âme d’une jeune parisienne myope quittée par son fiancé, qui s’occupe par intermittence d’une mère qui a un cancer du sein et qui mène une existence plutôt futile entre un appartement rue Bonaparte avec un chat, un boulot de lectrice et des vacances ou sorties avec des amis superficiels, cela peut sonner plutôt ennuyeux malgré la légèreté du style de Justine Lévy. L’histoire se fait plus intense, lorsque Justine, fatiguée et déprimée, découvre des amphétamines dans le tiroir de son célèbre père et les avale pour « tenir » et être pour la durée d’une soirée la personne drôle, extrovertie et intéressante qu’il sied d’être dans son milieu intellectuel et bobo. S’ensuit rapidement une descente aux enfers qui découragera toute personne avertie de toucher à ces drogues disponibles en pharmacie sur simple prescription médicale. La deuxième centaine de pages du livre s’avale d’une traite, et comme le Cid-Info ne colporte pas de ragots sur les « pipol » je laisse aux lectrices et lecteurs internautes le soin de découvrir sur la toile quels personnages réels se cachent sous les pseudonymes de ce roman aux traits très autobiographiques.
(Editions Stock 2004, 195 pages)

 

  • La bête à chagrin
    Paule Constant

bete_a_chagrinLe roman s’ouvre sur l’interrogation d’un juge lors d’un procès pour reconstituer en flash-back l’histoire de Cathy, qui coulait une existence tranquille entre un fils adolescent, un travail de fonctionnaire, une belle maison villageoise et un mari sans histoire. Son univers bascule lorsque qu’elle est à nouveau enceinte et découvre que sa collègue de travail, la fantasque secrétaire Malou, attend également un enfant du mari adultère.
Paule Constant décrit avec un humour féroce et grinçant les relations humaines entre ses différents protagonistes, tant dans l’univers de la « fusion bureaucratique » du service des contentieux (la description de l’espace – tant physique que mental – envahi par la secrétaire de direction est délirante) qu’au domicile de Cathy qui est progressivement envahi et saboté par un intrus supposé l’aider au quotidien et qui « déposait son amour à ses pieds comme une charogne ». Le sujet de la maltraitance des enfants, qui ne prête à aucune plaisanterie, est abordé d’une façon crue et choquante, et trouve dans le récit une place qui ne discorde pas. « Faut-il un coupable ? » demande l’avocat au terme de cette histoire désopilante qui oscille en permanence entre le tragique et le comique, et laisse un goût un peu amer en bouche.
(Gallimard 2007, 226 pages)


  • La passion selon Juette
    Clara Dupond-Monod

(fw) Née en 1158 à Huy dans une famille marchande aisée, Juette rêve de pouvoir s’instruire et de cultiver sa foi, mais est contrainte de se marier à l’âge de 15 ans et de s’enfermer dans des tâches domestiques. Son seul contact avec le monde du savoir reste Hugues, un moine de l’Abbaye de Floreffe, qui doit faire face à la pression croissante de l’Eglise en raison de ses sympathies pour les opinions et mouvements dissidents tels que les Cathares. « Pour un homme, c’est facile. » dit Juette « Il peut partit en pèlerinage, en croisade ou bien entrer dans un monastère. Mais une femme ? Impossible de prendre la route sans être agressée. Je ne peux pas entrer dans l’ordre de Hugues ni dans celui des cisterciens. Ils sont réservés aux hommes. Les couvents des religieuses sont rares et n’acceptent que les nobles. » A la mort de son mari, elle prend son destin en main et demande à entrer dans l’ordre des veuves, requête que le prince-évêque ne peut pas lui refuser.
Inspirée d’un personnage réel, l’histoire de Juette est racontée en deux voix, du point de vue de Juette et de Hugues, qui parlent alternativement à la première personne en phrases courtes et vivantes. Dans la première partie du livre, le foisonnement de métaphores employées par Juette peut déranger, mais avec l’évolution de son personnage vers une attitude volontaire et mystique, ces images se font moins chaotiques et semblent bien avoir été choisies délibérément pour traduire l’imagination débordante d’une jeune fille qui a une sensibilité à fleur de peau et absorbe avidement toutes les histoires colportées par les conteurs musiciens. « La passion selon Juette » permet de découvrir sans effort certaines réalités de la vie quotidienne d’une femme au Moyen Age, le livre ne s’encombre pas de détails ou de termes hermétiques qui seraient accessibles aux seul-e-s historien-ne-s. Mais il peut néanmoins stimuler la curiosité d’en savoir plus sur cette époque.
(Grasset 2007, 233 pages)


  • Entends-tu l’oiseau de nuit ?
    Anita Rao Badami

oiseau(fw) Anita Rao Badami ouvre son récit avec le point de vue de Sharanjeet, une petite fille sikhe de 6 ans qui, en 1928, n’aspire qu’à fuir son village pauvre du Punjab. En 1961 elle est devenue Bibi-ji, confortablement installée au Canada, à Vancouver, patronne d’un restaurant dont au « mur, les horloges indiquaient l’heure en Inde, au Pakistan (oriental et occidental), à Vancouver ». Un public d’expatriés représentatif de la diversité de la société indienne s’y retrouve pour discuter politique et famille autour de curries épicés et fragrants. Bibi-ji a perdu toute trace de sa famille lors de la partition entre l’Inde et le Pakistan en 1947, qui a entraîné la scission du Punjab ainsi que la fuite et le massacre d’innombrables civils. Les années passent et elle poursuit toujours ses recherches dans l’espoir de retrouver un survivant…

Changement de point de vue de narration : à tour de rôle le quotidien et l’histoire de deux autres femmes sont décrits, et, à la manière bien indienne de tisser progressivement une toile dans laquelle les destins finiront inextricablement par s’enlacer et progresser vers une issue inéluctable, la narratrice entraîne ses lectrices et lecteurs dans un monde de joies et de désarrois. L’histoire est captivante et les changements de points de vue de la narration qui évolue progressivement à travers les yeux de différents protagonistes la rend d’autant plus vivante. Le récit, qui aboutit en 1986, permet de découvrir de nombreux détails sur l’histoire de l’Inde, la communauté sikhe et la diaspora indienne sans avoir un caractère lourd ou s’encombrer de notes de bas de page – en fin de recueil une note historique de trois pages donne quelques explications sur l’origine et l’évolution de l’Etat du Punjab qui permettront de mieux situer le contexte du livre. Un ouvrage envoûtant donc, qui se lit d’une traite. Deux mises en garde cependant : Surtout ne pas lire le synopsis de l’histoire imprimé en couverture du livre : il révèle trop de détails qu’il vaut mieux découvrir au fil des pages. Et puis ne pas s’attendre à un dénouement heureux à l’américaine ou à une évocation distancée ou édulcoré des atrocités commises lors des émeutes. Âmes trop sensibles s’abstenir.
(Ed. Philippe Rey 2007, 334 pages)

 

  • Tristes revanches
    Yoko Ogawa

revanches(js) Histoires courtes, morbides… et saisissantes : Une mère achète un gâteau d’anniversaire pour son fils mort depuis des années ; une vieille femme récolte dans son jardin des carottes à la forme d’une main humaine avec cinq doigts; une maroquinière confectionne un sac pour envelopper le cœur d’une cliente qui a la malchance de porter cet organe à la fois fragile et vital à l’extérieur du corps.
Voici seulement quelques-uns des personnages qu’on rencontre dans ce recueil de onze nouvelles insolites qui tournent autour de la mort et de la revanche.
Au fil des contes, les histoires s’entremêlent, des personnages ou des détails infimes des nouvelles précédentes réapparaissent et nous sont présentés sous un autre angle.
« Tristes revanches », est un petit livre capturant avec des nouvelles bien construites qui ont des fins inattendues qui tiennent en haleine du début jusqu’à la fin. (Actes Sud 2004)